L’ADEPAPE sur le terrain

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Qu’elles fêtent leur jubilé ou leurs premières années d’existence, les ADEPAPE déploient un précieux savoir-faire. Reportages dans l’est et le sud de la France

La création de l’ADEPAPE de Meurthe et Moselle, qui adopta le nom symbolique de Tremplin, remonte à 1946. Mais, elle ne prend vraiment son élan à partir de 1973. L’objectif central qui traverse ses bientôt cinquante années d’existence est le même : l’entraide entre anciens pupilles et avec les enfants qui sortent du dispositif de la protection de l’enfance. Ils sont plus de 260 chaque année, dans ce département. Tous ne font pas appel à l’association, s’inscrivant souvent dans le droit commun, en trouvant du travail et réussissant leur insertion professionnelle et social.  D’autres se heurtent tant à la fin de l’aide de l’ASE qu’aux carences des familles d’origine pour les aider à financer leurs études supérieures en complément des bourses universitaires. Si, le Conseil départemental de Meurthe et Moselle propose bien un Contrat jeune majeur entre 18 et 21 ans, comme bien d’autres collectivités locales, il a passé convention depuis 1990, originalité quasiment unique en France, avec l’ADEPAPE, pour financer une allocation ainsi que deux postes d’éducateur spécialisé (et depuis peu, un médiateur informatique), permettant ainsi de prolonger l’accompagnement jusqu’à 25 ans, voire plus. La file active du nombre de jeunes suivis chaque année se situe entre quarante et cinquante bénéficiaires : préparation d’un BTS, d’un Master, d’un diplôme d’ingénieur ou de notaire, voire d’éducateur spécialisé et d’assistante sociale… aucun projet n’est rejeté. Ici, on ne limite pas l’ambition aux études courtes couronnées d’un CAP, comme ailleurs. Tremplin a même soutenu Les années d’études d’un futur médecin. Mais, l’association n’intervient pas seulement auprès de celles et ceux qui se projettent dans des études post-BAC. Elle répond aussi à toute forme de demandes des anciens de l’ASE : de celles et ceux qui ont besoin d’un secours ponctuel pour payer une quittance d’énergie ou des courses alimentaires, qui cherchent à sortir de la galère alors qu’ils vivent à la rue, qui souhaitent bénéficier d’une aide à la recherche d’emploi ou de formation, qui aimeraient trouver un logement, mais aussi tout simplement qui attendent une écoute bienveillante. Installé dans la commune de Tomblaine depuis 1988, après l’acquisition d’un ancien garage que les bénévoles ont totalement réaménagé, le siège s’est agrandi quatre ans plus tard, grâce à l’achat d’une maison attenante. De quoi proposer neuf places en chambres d’hôtes accueillant des jeunes sortant de l’ASE en recherche d’un toit … pour trois jours en urgence ou pour un an, tout dépendant de leur projet. L’entraide va au-delà des limites du département : membre à part entière de la Fédération, le relais peut être assuré par une autre ADEPAPE, en cas de déménagement. L’association a tissé son réseau dans le dispositif d’action sociale local pour s’entourer de toutes les compétences requises. Mais Tremplin, c’est aussi une association forte de 170 adhérents (du plus jeune âgé de 18 ans jusqu’au doyen de 86) qui se mobilise lors d’évènements comme la soirée de remise de prix aux diplômés de l’année, les repas regroupant les anciens et les sortants de l’ASE, les rencontres avec des adolescents placés en foyer … Cette vie associative, Catherine Blanchard l’anime, en tant que Présidente de l’ADEPAPE du 54, depuis 2005. Placée à l’ASE à quinze ans et demi, puis bénéficiant d’un Contrat jeune majeur, avant d’être accompagnée par Le Tremplin jusqu’à ses 22 ans … son chemin de vie la mènera jusqu’au diplôme d’éducatrice spécialisée et un travail dans le médicosocial : « après dix-huit années de responsabilités passionnantes, mon souci, aujourd’hui, est de passer le relais avec une nouvelle équipe. »

 

La valeur n’attend pas le nombre des années

Déplaçons-nous à près de 900 kilomètres, plus au sud, vers la côte Vermeille : à Perpignan. L’ADEPAPE des Pyrénées orientales a été créée en 2018 par Frank Ducouroy, responsable de service ASE, avec la volonté de prévenir toute sortie sèche du dispositif. Il fallait en finir avec ces ruptures qui voyaient un(e) jeune se retrouver du jour au lendemain à la rue, sans lien, ni projet avec, comme seule existence, sa carte nationale d’identité. Un poste de travailleuse sociale est financé d’emblée par le Conseil départemental. Audrey Mers assistante sociale, en poste depuis juin 2021 explique recevoir les jeunes d’une manière le plus familial possible, non pas derrière un bureau mais dans une pièce aménagée en salon. Pas de fiche à remplir, ni d’identité à donner au préalable. Elle demande simplement ce qu’il (elle) est venu(e) chercher, sans interroger son histoire : « ils me racontent ce qu’ils veulent, ils donneront les détails de leur parcours, s’ils le souhaitent, quand ils trouveront le moment opportun pour le faire. » Un peu comme dans une conversation à bâton rompu, lors d’une rencontre banale. Les jeunes téléphonent ou se déplacent d’eux-mêmes. C’est le bouche-à-oreille qui fonctionne ou l’information donnée par le réseau des partenaires de l’action sociale. La seule condition pour être reçu est d’avoir eu un parcours en protection de l’enfance. Les besoins peuvent être ponctuels ou globaux, les difficultés passagères ou la situation être catastrophique. Ce peut être pour trouver un lit pour le soir-même. Des nuits d’hôtel sont alors proposées. Des places sont aussi réservées dans un CHRS de la ville. Mais, certains jeunes trouvent plus sécurisant de rester à la rue ! S’il s’agit de trouver une caution préalable à la signature d’un bail, les dispositifs garantie VISALE ou Locapass sont alors sollicités. C’est souvent pour des démarches administratives : établir des droits à la sécurité sociale, remplir sa déclaration d’impôts, préparer un dossier d’APL .... Un accord avec les Restos du cœur permet l’attribution de colis alimentaires, sans avoir à présenter de justificatifs. C’est Tarik qui quitte son foyer d’adolescents, alors qu’il voulait y rester. Une solution est trouvée. Il est aujourd’hui en apprentissage et vit chez sa sœur, en attendant de pouvoir se financer son propre logement. C’est Emmanuel qui part brusquement du département du Nord où il vivait jusque-là, pour rejoindre les Pyrénées orientales, sans aucune ressource. Il trouve à se loger chez un homme qui exige de lui des rapports sexuels en échange de son hébergement. Il bénéficiera de nuits d’hôtels, avant de trouver une place en foyer jeune travailleur, la Mission locale l’intégrant parallèlement au dispositif garantie jeune. C’est Louison confrontée à un découvert de 200 euros. Elle bénéficie d’un dépannage financier. Audrey Mesr n’hésite jamais à accompagner physiquement les démarches sur l’extérieur et à relancer les jeunes qui ne donnent plus de nouvelles, à travers des SMS. Façon de dire : « il y a quelqu’un qui pense à vous … ». Elle réussit jusqu’à présent à fixer un rendez-vous dans les vingt-quatre heures qui suivent la demande reçue. La montée en charge progressive depuis quatre ans a vu le nombre d’accompagnements passer d’une quinzaine à une soixantaine au cours de l’année, pour une file active de près de trente suivis. Victime de son succès, le dispositif frôle la saturation, ouvrant le besoin d’un renfort de professionnel. D’autant qu’un travail de groupe est en projet : réunir les jeunes autour d’ateliers sur le code de la route, la gestion du budget ou la nutrition. Mais, tout dépendra d’une augmentation des subventions reçues. 

Lire Mueller Jean-Marie - Président de la FNADEPAPE

Jacques TrémintinLIEN SOCIAL ■ n°1324 ■ 04/10/2022