Comment faire participer son public ?

Des destinations exotiques, des activités inoubliables, des séjours surprises … les accueils collectifs de mineurs sont tentés de présenter des programmes d’activités les plus attirants. Cela peut se comprendre. Avec une chute vertigineuse du nombre de participants tombant de plus de quatre millions dans les années 1960 à 1,33 million en 2022-2023, il n’est guère facile de remplir les effectifs. Du côté des organisateurs, la légitime recherche de financements présente le risque d’une marchandisation privilégiant l’équilibre budgétaire au projet éducatif. Mais du côté des jeunes vacanciers, l’effet pervers est d’encourager une posture de consommateur. A l’inverse, une autre approche est possible. Elle existe déjà, mais pourrait être amplifiée, présentant un atout majeur : la participation.

 

De quoi parle-t-on ?

Il est toujours important de préciser le sens des termes que l’on emploie, afin d’éviter ces mots-valises où tout un chacun place ce qu’il a envie d’y mettre, entraînant confusion et quiproquos. Commençons donc par définir cette notion de participation.
 
D’emblée, il est essentiel de distinguer deux conceptions du concept de participation. La première se limite à une vague consultation instrumentalisée pour servir de vernis démocratique à une prise de décision en réalité très centralisée. La seconde définition s’appuie sur une conviction : la capacité de tout citoyen à s’exprimer et à défendre ses propres besoins ; à jouer par lui-même un rôle actif dans le déroulement de son existence ; à être acteur de sa vie en participant aux décisions le concernant … pour autant qu’on lui en donne les moyens ! L’enjeu consiste donc bien à ne pas l’enfermer dans un statut infantilisant où il devrait en permanence s’en référer à des tiers considérés comme plus aptes que lui, à faire de bons choix. Cette approche de la participation privilégie donc l’autonomisation, la responsabilisation et la promotion d’une dynamique émancipatrice dans la décision individuelle ou de groupe.
 

Les déclinaisons

Plusieurs expressions sont rattachées à cette dernière conception de la participation. Il en va ainsi, tout d’abord, de l’opposition entre le « top-down » et le « bottom-up ». Le premier terme désigne un pouvoir vertical s’exerçant de manière hiérarchique du haut vers le bas, les dirigeants étant censés savoir mieux que les personnes situées à la base comment agir. On peut retrouver cette relation quand l’animateur décide en lieu et place des usagers ce qui est bon pour eux. La seconde expression revendique de partir des préoccupations et des compétences des personnes concernées, pour construire un projet qui va s’élaborer du bas vers le haut. Vient ensuite cette formule fréquemment attribuée au Mahatma Gandhi puis à Nelson Mandela : « tout ce que vous faites pour moi sans moi, vous le faites contre moi ». Rien ne peut être entrepris pour la personne en dehors de son étroite coopération, au risque de la placer dans une situation de subordination aliénante. N’est-ce pas ce qui se passe quand un programme d’activités est conçu en amont de la rencontre avec son public ? Enfin, troisième illustration, la différence qui peut être établie entre le « faire pour » (agir à la place d’autrui), le « faire avec » (échanger, côte à côte, sans forcément se coordonner et s’articuler avec lui) et le « faire ensemble » (fondé sur la réciprocité). Là aussi la co-construction n’est pas ce qui est le plus courant chez les animateurs. Et si c’est néanmoins le cas chez certains d’entre eux, tant mieux !
 

Les limites

Pour stimulante que soit cette démarche de participation, des dérives potentielles peuvent en pervertir les effets. Il en va ainsi, lorsqu’elle tente d’« activer » les personnes accompagnées en les rendant responsables de leurs échecs, exonérant ainsi le poids des déterminismes socio-culturels et du contexte environnemental. Mais, tout un chacun détient aussi le droit inaliénable de se montrer, à un moment ou à un autre, consommateur passif d’une prestation, sans avoir à participer à son élaboration. Un autre effet pervers peut encore intervenir : l’inversion du stigmate. Alors que, pendant longtemps, l’usager a été nié dans ses compétences, des « spécialistes » se donnant pour mission de les compenser, n’y a-t-il pas un risque que les professionnels soient à leur tour désignés comme autant d’usurpateurs. Dès qu’ils interviendraient, ils seraient alors soupçonnés de vouloir s’accaparer une forme de pouvoir. Il est essentiel de faire preuve de vigilance en n’opposant pas l’expertise des uns à celle des autres, ni en opposant des légitimités, les unes aux autres. Il existe une technicité liée à une formation et une qualification des intervenant(e)s, mais aussi un savoir-faire existant au cœur des publics auprès de qui les professionnels agissent. Il convient donc de cultiver leur articulation réciproque et non leur rivalité.
 
 
Participation délibérative ou instrumentalisée ?
Pour identifier l’enjeu de la participation envisagée, trois questions peuvent être posées :
- Qui l’a lancée : l’initiative vient de l’institution, de la demande des usagers, d’une co-élaboration partagée ?
- Quelle est sa finalité : cet exercice collectif sert-il de « boîte à outils » aux professionnels ou promeut-il une co-construction de l’activité ?
- Quel sera son impact : la démarche aura des effets limités ou modifiera-t-elle les modes d’action ?
 

Articuler les compétences
Afin de sortir de cette opposition stérile, il est possible de s’appuyer sur « le croisement des savoirs » théorisé par l’association ATD-Quart Monde. Cette démarche a trouvé depuis des décennies des applications qu’il convient d’encourager et de développer.
 
Ce concept, appliqué aux relations entre les travailleurs sociaux et les populations en grande pauvreté, cherche à rééquilibrer la balance qui traditionnellement penche du côté des professionnels, leur technicité s’imposant d’une manière trop souvent hégémonique, voire tyrannique. Or, les personnes accompagnées ont accumulé une précieuse expérience qui est trop souvent négligée, quand elle n’est pas méprisée.

Le croisement des savoirs en distingue trois types. D’abord, le savoir académique issu des connaissances scientifiques en sociologie, psychologie, histoire, droit … autant de sciences humaines qui permettent de mieux comprendre comment fonctionnent tant les êtres humains que les sociétés qu’ils forment. Ensuite, vient le savoir d’action des professionnels qui ont reçu une formation tant théorique que pratique, ce qui leur permet de maîtriser les techniques de déroulement d’une action de terrain. Enfin, existe ce savoir de vie, dit aussi expérientiel, de celles et ceux qui retirent de leur existence quotidienne des connaissances pratiques irremplaçables. Il ne s’agit pas de hiérarchiser ces trois registres entre eux, mais de réussir à les combiner et à les ajuster, à les articuler et à les harmoniser, à les accorder et à les assortir, chacun prenant la lumière à un moment et se mettant à distance à un autre.
 

Applications concrètes

Le public que l’animateur côtoie n’est pas une cire molle qu’il suffirait de modeler à sa guise, ni une graine qui pousserait après avoir été arrosé du savoir des professionnel. Pas plus d’ailleurs qu’un terrain vierge sur lequel il serait possible de construire une belle réalisation grâce à une habileté architecturale. La relation avec l’usager s’établit avec des personnes réactives, créatrices et dynamiques qui ont un rôle à jouer.
Les enfants ? Ils disposent d’un imaginaire fécond et d’une capacité d’inventivité qui ne demandent qu’à être investis. Pourquoi ne pas leur proposer de concevoir un programme d’activité certains jours, comme cela se passe déjà ça et là. Faire confiance en leur sens de l’innovation et de l’initiative est source de belles surprises et de découvertes de talents cachés.
Les parents ? Ils sont riches d’expériences culturelles, associatives et sportives qui ne demandent qu’à être valorisées. Pourquoi ne pas les solliciter pour intervenir dans des séances d’animation leur permettant de partager leur savoir-faire avec les enfants de l’ACM ? Quand cela se concrétise, l’existence d’une communauté de proximité aux potentialité insoupçonnée se révèle.
Les habitants ? Ils déploient déjà souvent des réseaux d’entraide et de solidarité de voisinage très opérationnels. Pourquoi ne pas leur proposer de faire du centre socio-culturel, un moteur et un outil inégalable permettant de renforcer et d’amplifier leurs projets ? A l’image de ce qui se fait déjà à travers les Réseaux d’échange réciproque de savoirs (1) ou les Accorderies (2), ou autre initiative bienvenue.
 

Savoir-être professionnel

Il ne s’agit pas pour les professionnels de se retirer ou de regarder passivement les actions menées, mais d’adapter leurs pratiques de terrain. Plutôt que d’être toujours ceux qui initient, il s’agit aussi d’attendre que des propositions émergent. Au lieu d’être constamment celui qui lance des propositions, il lui est aussi possible de laisser le temps à son public de murir les siennes. En lieu et place de l’éternel rôle d’organisateur, il peut être utile de passer le relai, même si les délais s’allongent et que le résultat obtenu est moins élaboré. Troquer son positionnement toujours au centre de l’activité, comme promoteur et pivot pour un effacement laissant le pouvoir aux membres du groupe. Garant du cadre, l’animateur peut alterner habilement entre retrait, présence discrète et attitude de soutien proactif.


(1) http://www.rers-asso.org/
(2) https://www.accorderie.fr
 
 
Quel savoir d’action ?
 Il n’est pas facile pour un professionnel détenteur d’une qualification et d’un diplôme de modifier son rôle face aux usagers. Mais c’est aussi faire preuve d’une grande technicité que de savoir révéler des compétences enfouies ; de redonner confiance en soi ; d’encourager à déployer des savoir-faire qui n’osaient pas se manifester jusque-là. De telles habiletés ne sont pas présentes spontanément. Leur apprentissage est au cœur de nombre de formations initiales et continues.
 
 
 
Dis-moi jusqu’où tu vas, je te dirais quelle participation tu pratiques
 
Comment mesurer l’ampleur de la participation ? Imaginons une échelle graduée, avec six degrés successifs.
 
Niveau 1 : l’équipe organise ses activités elle-même, en mesurant leur degré de succès à la fréquentation obtenue.
La programmation s’appuie sur ce que les organisateurs ont envie de proposer ou sur leurs convictions de ce que le public aimera. La satisfaction de ce dernier est évaluée après l’animation.
Les organisateurs peuvent faire preuve de talent et d’imagination ou d’une connaissance des goûts et des préférences de leur public, l’adéquation entre les attentes de celui-ci et l’animation menée reste un pari dont la réussite s’appuie exclusivement sur l’intuition des professionnels et leur connaissance de ce qui peut plaire.
 
Niveau 2 : l’équipe organise une réunion d’information pour présenter les activités de la nouvelle saison.
Il s’agit de donner des éléments de connaissance sur la programmation des animations à partir desquels le public intéressé pourra s’inscrire et retenir les dates/plages horaires pour y participer.
Cette communication, aussi utile et nécessaire soit-elle, reste descendante, unilatérale et en surplomb. Elle décvrit et explique ce que des professionnels, experts dans leur matière, ont concocté. Quelle que soit la pertinence de ce qui est proposé, la prestation finalisée place le public en position de consommateur passif.
 
Niveau3 : l’équipe organise une consultation des souhaits de son public, afin de mieux répondre à ses attentes.
Ce sondage va fournir toute une série de suggestions et de propositions dont les professionnels s’inspireront pour élaborer un programme d’activités composé d’activités en concordance avec les souhaits exprimés.
La démarche ne s’appuie pas, comme dans la situation précédente, sur la seule initiative des professionnels. L’avis du public potentiellement intéressé est recueilli. Reste à savoir comment l’interpréter et comment le traduire. Là encore ce sont les experts de l’animation qui gardent le monopole de l’appropriation des souhaits émis.
 
Niveau 4 : l’équipe organise une concertation qui n’est ni ponctuelle, ni isolée, mais qui s’inscrit dans le temps.
La navette qui s’instaure entre les organisateurs et son public permet de mesurer aux différentes étapes du projet, la concordance entre ce que les premiers préparent et ce qu’attend le second.
L’adaptation et l’ajustement sont permanents dans une boucle rétroactive fondée sur une interaction dynamique. La progression du projet est soutenue et accompagnée par un échange systématique et des contributions qui se nourrissent mutuellement et s’enrichissent réciproquement  
 
Niveau 5 : l’équipe s’engage dans une co-construction de l’activité en impliquant son public dans sa réalisation .
Toutes les compétences sont sollicitées et utilisées pour aboutir à une production commune qui articule technicité des professionnels et savoir expérientiel du public, chacun apportant sa quote-part.
A tous les niveaux du projet, chacun est amené à contribuer, sans hiérarchisation. Les propositions viennent de part et d’autre. Elles sont discutées en commun. Le choix de celle qui sera retenue appartient au groupe dont les membres délibèrent et tranchent dans un registre de codécision.  
 
Niveau 6 : l’équipe fonctionne en soutien technique, laissant le public s’autogérer à tous les niveaux de l’activité
Les professionnels se placent en retrait, attendant d’être sollicités, vigilants à ne pas faire intrusion dans la dynamique d’un groupe ayant la totale maîtrise des tenants et aboutissants de l’animation.
L’initiative est entre les mains du groupe qui détient le pouvoir, les temps de parole de chacun de ses membres et des modalités de décisions respectant une répartition démocratique et équitable. Une vigilance s’instaure pour qu’aucun participant ne prenne une quelconque prédominance ou primauté.
 
Il est loisible à chaque équipe de comparer son action en la situant sur cette échelle de participation. Bien sur les frontières entre chaque niveau ne sont pas étanches, le panachage entre elles étant toujours possible. Mais l’on conviendra que la véritable participation commence au degré 4. Pourtant, aucune de ces modalités n’est à proscrire, l’une ou à l’autre pouvant être utilisée, à un moment où à un autre, selon les circonstances. Il est néanmoins important de s’y reporter, dès que l’on évoque la participation du public. Ce, afin d’identifier en toute conscience quel niveau est souhaité et quels moyens seront utilisés pour y parvenir.
 

Du bon usage des niveaux

 Il arrive à tout un chacun, que l’on soit animateur ou membre d’un public lambda, d’avoir envie de se laisser porter, dans un registre de pure consommation passive. Quand nous allons au restaurant, ce pourrait être amusant d’être convié à non seulement composer le menu, aller acheter les ingrédients au marché et cuisiner les repas, mais aussi à assurer le service en salle, le débarrassage des plats et la vaisselle. Mais il est aussi possible de préférer une posture bien plus passive où l’on met les pieds sous la table et l’on se fait servir. Il en va de même pour des loisirs dont on a aussi le droit de profiter sans forcément participer à leur organisation. Ce qu’on attend des organisateurs relève alors du niveau 1.
La conception d’un séjour à la neige ou à la mer peut intégrer ses participants, en les associant au choix de la destination, à la recherche des hébergements, à l’identification des moyens de transports et à la contribution à son financement (vente de gâteaux- maisons, proposition faite aux particuliers de lavage de voitures, empaqueter les cadeaux à noël etc …). Cela convient très bien pour un centre ouvert à l’année qui prépare sur la durée un tel projet. Mais, quand un organisme propose un tel séjour, en regroupant ponctuellement des participants éloignés géographiquement les uns des autres difficile à réunir plusieurs fois fréquemment avant le départ, il sera néanmoins nécessaire de leur transmettre les informations lors d’une rencontre. On se contentera alors du niveau 2.
Bien en amont de l’été, un club de jeunes veut sonder les attentes des ados, en allant bien au-delà de ses adhérents habituels. Le choix est fait d’élargir le public à qui il veut s’adresser, de renouveler les thématiques traditionnellement proposées et de privilégier l’originalité et l’innovation. Une large consultation pourra le permettre : flyers distribués dans les boites aux lettres avec coupon réponse, utilisation des réseaux sociaux, micros-trottoirs à la sortie des collèges et lycées, rencontres sur la pause méridienne ou boites à idées à la cantine. Les jeunes fréquentant déjà le club peuvent être intégrés à cette consultation hors-les-murs. On est là au niveau 3.
Ces illustrations montrent combien il serait malvenu d’écarter ces trois premiers niveaux. Les animateurs se doivent d’en faire usage autant que de besoin, en ajustant et adaptant les différents outils disponibles comme autant de moyens pour atteindre les objectifs qu’ils se sont donnés.
 

 
 
Lire l'interview : Vallerie Bernard - De la participation au pouvoir d’agir


Ressources livres :
 
« Le pouvoir d’agir dans les centres sociaux : reconfigurations militantes et professionnelles »
Héloïse Nez, Catherine Neveu, Julie Garnier, Presses Universitaires du Septentrion, 2023, 518 p.
« Développer le pouvoir d’agir des habitant(e)s » : comment ce leitmotiv des centres sociaux, au cœur de leur projet fédéral depuis 2013, se traduit-il sur le terrain ? Une recherche collaborative menée en région Centre-Val de Loire analyse les modes d’appropriation, par les salarié(e)s et bénévoles de l’animation sociale, de cette approche visant un processus d’autonomisation des usagers, et les tensions inhérentes. Comment impulser le pouvoir d’agir, alors que ce projet ne vient pas nécessairement d’une demande des habitant(e)s ? S’agit-il d’attendre ou d’inciter, d’accompagner ou de susciter la mobilisation ? Comment et pourquoi peut-on (re)mettre du politique dans les actions des centres sociaux ?

 
« Favoriser la participation des usagers dans le secteur social et médico-social »
Bruno Laprie, Éd.ESF, 136p. (2020)
Divers freins sont à lever pour satisfaire la participation au fonctionnement de la structure qui l'accompagne mais aussi à son projet de vie : résistance des professionnels, incapacité ou difficulté de la part des usagers, manque de temps... Forts de leur expérience, les auteurs prodiguent divers conseils aux professionnels pour qu'ils mènent une réflexion sur ce sujet délicat, préalable incontournable pour donner du sens aux outils à mettre en place. Ce, en lien avec les missions de la structure, les besoins et les attentes des personnes accompagnées. Etayé d'exemples, cet ouvrage opérationnel décrypte les dispositifs imposés par la loi ; s'appuie sur des recommandations professionnelles, aide à mobiliser tous les acteurs (professionnels et usagers) pour rendre effective la participation.

 
« Développement du pouvoir d'agir : une nouvelle approche de l'intervention sociale »
Claire Jouffray, Ed. EHESP, 236 p., (2018)
Le principe Développement du pouvoir d'agir des personnes et des collectifs (DPA-PC) consiste à « passer d'une situation d'impuissance à une situation où les acteurs concernés perçoivent des opportunités concrètes d'agir pour obtenir un changement auquel elles aspirent ». À l'appui de huit expériences d'accompagnement, cet ouvrage montre comment des intervenants sociaux francophones (France, Belgique, Québec) s’en sont saisis pour initier des pratiques différentes. Ils donnent ainsi à voir en quoi cette approche novatrice est venue interroger les fondamentaux du travail social, bousculer les postures professionnelles dans la pratique de l'intervention sociale (prévention, responsabilisation, engagement collectif et individuel, distance et participation...) et modifier les rapports de pouvoir entre intervenants et usagers.

 
L'empowerment, une pratique émancipatrice ?
Marie-Hélène Bacqué, Carole Biewener,‎ Éd. La Découverte, 2015, 216 p.
Le concept d'empowerment a connu un succès planétaire dans le monde anglophone. Mais il n'a percé que plus récemment dans les autres espaces culturels, dans les milieux du travail social comme dans la littérature du management. D'où l'utilité de ce livre qui synthétise la foisonnante littérature anglophone sur cette notion. Il retrace sa genèse, l'histoire de ses multiples variantes et celle des pratiques sociales qu'elles ont nourries. Des mouvements féministes du Nord et du Sud jusqu'aux programmes de la Banque mondiale et de l'ONU, la notion est utilisée aussi bien dans une perspective radicale d'émancipation que pour conforter les visions néolibérales ou sociales-libérales. Défendant résolument sa version émancipatrice, les autrices en expliquent les limites, mais aussi l'importance afin d'éclairer les débats contemporains sur la démocratie.
 

« Pédagogie du développement social : faire cause commune »
Jean-Luc Graven, Anne-Catherine Berne, Pacsaline Nové-Josserand, Éd. Chronique sociale, 232 p., (2008)
Qu'est-ce que le développement social ? Comment susciter la mobilisation et la participation de la population d'un territoire ? Comment entrer en contact avec celle-ci ? Est-il possible de susciter l'engagement des personnes dans la durée ? Comment créer des partenariats avec les divers acteurs qui interviennent sur un territoire ? L'action des habitants peut-elle vraiment transformer leurs réalités de vie ? Comment évaluer les changements ? Ce sont quelques-unes des questions auxquelles l'équipe qui a mené le projet Cause Commune s'est confrontée. Elle a engagé un travail de terrain faisant l’objet d'une recherche méthodologique, largement enrichie par d'autres expériences de développement social menées en France ou à l'étranger.
 

« La nébuleuse du pouvoir d'agir : L'empowerment des quartiers populaires à l'épreuve des pacificateurs et entrepreneurs de colères »
Manuel Boucher, Éd. ‎ Champ Social, 2023, 200 p.,
Cet ouvrage issu d’une enquête sociologique menée en France, durant dix ans, décrit l’émergence d’acteurs sociaux et d’activistes politiques qui, influencés par les débats, méthodes et techniques venues des États-Unis, revendiquent œuvrer pour l’« empowerment » des habitants des quartiers (im)populaires. Après avoir fait l’« état de l’art », il interroge les représentations, actions et raisons d’agir des différents types de promoteurs de l’« empowerment à la française » présents dans les quartiers populaires.  Dépassant l’idéalisation de la « participation citoyenne », il propose alors une modélisation critique de l’« espace du pouvoir d’agir » constitué d’une nébuleuse au sein de laquelle deux figures principales s’opposent : un mouvement social d’émancipation démocratique et un antimouvement identitariste.
 
Internet ressources :

 
Postures d’animation pour favoriser le développement du pouvoir d’agir
Le Pouvoir d’Agir n’est pas inné, son développement s’accompagne dans le temps, c’est le rôle de l’animateur. Cet outil invite les animateurs (bénévoles ou professionnels) à s’interroger sur les savoir-être et savoir-faire nécessaires pour développer le Pouvoir d’Agir.
http://ressources-fdcsx44.fr/dpa/assets/web2.2-outilposture.pdf
 
Des outils d'animation pour mettre en œuvre la participation
Ce guide pratique d’accompagnement propose 25 outils ou combinaisons d’outils préexistants qui ont été utilisés pour mettre en œuvre et animer un projet participatif en Guyane
https://graineguyane.org/wp-content/uploads/2017/09/Partie_3-Des-outils-d-animation-pour-mettre-en-oeuvre-la-participation-1.pdf
 
Le pouvoir d’agir par son fondateur
La fédération des Centre Sociaux de France propose une série de six vidéos de sa rencontre abvec Yann Le Bossé, fondateur de l’approche du Développement du Pouvoir d’agir
Vidéos : Yann le Bossé - L'approche "Développement du Pouvoir d'Agir" | Développer le Pouvoir d'Agir et la Citoyenneté des jeunes (et des moins jeunes) (centres-sociaux.fr)
 
Paroles d’anciens et de jeunes
Quand on écoute des personnes ordinaires sur leur définition du pouvoir d’agir, quelle leçon de vie !
Petit philosophie du pouvoir d'agir format internet (youtube.com)
 
Interventions sociales et empowerment 
Bernard Vallerie dénonce des pratiques standardisées et des réflexions et actions s'effectuant « avec » et non « sur », proposant des repères pour les intervenants oeuvrant dans la perspective d'une plus grande justice sociale.
https://www.youtube.com/watch?v=Kcm5dC9bMac
 
Participation et pouvoir d'agir : les leviers du changement
Dans cette vidéo, le récit d’un projet local illustre trois niveaux du pouvoir d’agir : individuel, communautaire et politique. Intriqués, ces trois niveaux sont à considérer conjointement et à stimuler dans la durée pour accompagner le changement. Cette vidéo est la troisième d’une série de capsules pédagogiques s’articulant autour de trois notions qui fondent la démarche de la promotion de la santé : compétences psychosociales, inégalités sociales de santé et participation
https://www.youtube.com/watch?v=sGb4-HlWQoo

 

 

Jacques Trémintin – Journal De l’Animation  ■ n°247 ■ septembre-octobre 2024