Monique et l’assistant social

LECLERC Éric, Éd. Saint Honoré, 2021, 169 p. 

L’assistant social, c’est Éric Leclerc, en poste depuis 1998. Monique, c’est le nom générique donné à toutes ces femmes (mais aussi ces hommes) victimes de violences conjugales qui viennent le rencontrer. L’auteur a fait cette expérience, commune à tant d’autres, de ces, personnes qui n’adhèrent pas aux propositions qui leur sont soumises : établir un certificat médical, aller déposer plainte, saisir un avocat, solliciter une place dans un foyer d’accueil. Et quand les démarches sont engagées, un retour intervient parfois auprès de l’agresseur, le téléphone n’étant pas décroché quand le travailleur social appelle ou les rendez-vous suivants n’étant pas honorés. Jusqu’à ce que, plus tard, la même personne se présente à nouveau. L’analyse avancée ici est d’une grande pertinence. Elle se déploie en trois étapes. Elle s’intéresse tout d’abord au professionnel et plus particulièrement aux émotions qui s’emparent de lui face au récit des horreurs qui lui est tenu, aux tremblements qui les accompagnent, aux anticipations d’éventuelles représailles, à la détresse et la douleur viscérale qui se libèrent devant lui. N’est-il pas tenté, pour soulager ses propres tensions et se rassurer, d’élaborer un plan d’action qui, à défaut de n’être le plus souvent pas adapté à la personne en souffrance, aura au moins l’avantage d’apaiser ses propres angoisses, lui donnant le sentiment, grâce à l’application des bons protocoles, procédures et dispositifs, du devoir accompli ? Puis, vient ensuite la problématique de la personne située de l’autre côté du bureau. Elle se déplace avant tout pour être écoutée. Elle n’attend pas forcément de l’aide dans l’immédiat. Sa demande viendra peut-être plus tard. Elle ne vient pas uniquement dans le but de quitter son conjoint. Ce qu’elle veut, c’est que l’enfer s’arrête. Elle est prisonnière à la fois de la peur et de la culpabilité, les deux mamelles de l’emprise. Quelles attitudes adopter, alors ? Commencer par arrêter de se demander « pourquoi ? » en préférant le « comment ça marche ? » et « à quoi ça sert ? ». Puis, adapter sa posture pour se mettre en position d’écouter, de laisser s’écouler le récit, d’accompagner la réflexion. Ne pas prendre le pouvoir sur la personne, en lui imposant sa vision de ce qu’elle devrait faire. S’il est important de nommer et d’informer, il l’est tout autant de la laisser maîtresse de ses choix et de sa propre temporalité.

 

Jacques TrémintinLIEN SOCIAL ■ n°1315 ■ 12/04/2022