Le « pognon » n’est pas « de dingue » pour tout le monde !

Ouvrir de nouvelles places d’accueil en protection de l’enfance (l’ASE fait face dans beaucoup de départements à des centaines d’enfants non placés) ? Donner aux associations de lutte contre les violences faites aux femmes la possibilité de les mettre à l’abri (7 820 offres d’accueil pour 35 700 demandes potentielles) ? Soulager une psychiatrie à l’os (il faudrait 10 000 lits supplémentaires) ? Réduire les listes d’attente dans les instituts médico-éducatifs (30 000 places manquantes) ? Faire face au doublement du nombre de SDF en dix ans (au nombre de 300 000 selon la Fondation Abbé Pierre) ? Rehausser les moyens de la justice (10,9 juges pour 100 000 habitants, contre 21,4 en moyenne en Europe), etc, etc, etc …

Vous rêvez !

Bruno Lemaire, notre ministre de l’économie, vient de rappeler que l’objectif prioritaire du quinquennat est bien de réduire le volume d’augmentation des dépenses de l’État qui avait atteint un rythme de 1,2 % annuel depuis 10 ans, voire 2 % plus récemment. Il s’agit de le faire passer à … 0,6 % ! Cela va se traduire par une baisse de 0,4 % du budget de l’État et de 0,5 % au niveau des collectivités locales.

C’est vrai, quoi, on ne peut plus continuer éternellement à dépenser tout ce « pognon de dingue ».  

  • « Juste une petite question : cette rigueur budgétaire concernera-t-elle les 140 milliards d’euros consacrées chaque année par l’État pour l’aide aux entreprises ? En dix ans, celle-ci a bénéficié d’une augmentation tout à fait raisonnable de 215 %, quand les aides sociales se sont accrues, dans la même période, d’une manière dispendieuse et explosive à hauteur de … 31 % ! La nouvelle réduction d’impôt sur la production va encore priver les caisses de l’Etat de 8 milliards d’euros. »
  • « Ah mais, vous n’avez rien compris : le soutien aux acteurs économiques est indispensable pour favoriser la compétitivité et l’emploi. Plus ils s’enrichissent, plus la pauvreté reculera ».
  • « Mais, pourtant, le nombre de personnes confrontés à la pauvreté a augmenté de 1,2 millions, en 15 ans. »
  • « Vous allez voir, ce que vous allez voir : le chômage va baisser, soyez patient. »  

Il faut donc nous résigner à voir l’action sociale se serrer la ceinture : c’est, sans nul doute, pour la bonne cause.

Ne serait-il d’ailleurs pas temps de lancer un geste patriotique et citoyen : je ne sais pas moi, peut-être un immense crowdfunding pour aider nos valeureuses entreprises ? Après tout, les géants du CAC 40 n’ont empoché que 160 milliards d’euros en 2021. C’est encourageant. Mais, à l’heure où notre pays a encore perdu une place dans le classement des pays les plus riches, il faut soutenir les fleurons de notre économie !

 

  Jacques TrémintinLIEN SOCIAL ■ site ■ 25/07/2022