Compostelle

Je n’ai pas voulu rater ce film mettant en scène ce séjour de rupture inspiré par l’expérience de l’association « Seuil » (1). J’en suis ressorti un peu déçu.

Il est possible de regarder ce long-métrage avec au moins trois regards.

Le premier est esthétique : les paysages filmés sont de toute beauté. Ils sont même sublimes, le film semblant s’assimiler presque à un spot de promotion pour ce chemin de Compostelle fréquenté par près de 500 000 marcheurs (contre 50 000 en 2 000). C’est devenu très tendance de cheminer le long de ces 1500 kilomètres. Avec pour chacun une quête qui lui appartient : se retrouver, se dépasser, (re)nouer avec sa foi, rencontrer, échanger, se projeter.

Second regard, une comédie au scénario qui rebondit depuis des rencontres improbables jusqu'à des expériences incertaines, en passant par des épisodes surprenants. Le rythme tient en haleine, en alternant le cocasse, la tendresse et le conflictuel. A la comédie se mêle à la tragédie, sans que l’on sache s’il faut rire ou pleurer, s’émouvoir ou blâmer, se réjouir ou déplorer. C’est peut-être le paradoxe qui peut s’emparer du spectateur qui est le plus dérangeant. Difficile de choisir entre l’ange et le démon, alors même qu’ils sont fondus dans le même personnage.

Troisième regard : celui du professionnel. La violence d’Adam qui trouve sa source dans la quête d’une mère abandonnique est très réaliste. Ses rencontres  le long du chemin, aussi invraisemblables soient-elles au premier abord, sont tout à fait crédibles. Le séjour de rupture n’est pas un renfermement sur soi-même, mais une démarche à la rencontre d’autrui. Et il est fréquent qu’elles se déroulent dans un contexte sortant de l’ordinaire.  La métamorphose du jeune délinquant qui rebondit vers un autre chemin est fréquente dans les témoignages vécus. Difficile à croire pour le candide, elle trouve pourtant sa source dans l’étonnante plasticité de l’adolescence, âge où l’on cherche la direction que son existence va prendre. La renarssisisation, la reprise de confiance en soi, la reconquête de l’estime de soi peuvent permettre d’en modifier l’orientation. Autre ressort tout aussi classique : la relation affective qui se tisse entre l’accompagnatrice et son jeune marcheur articulée avec l’agressivité extrême qu’elle reçoit. Sans oublier cette réparation réciproque, l’adulte et l’adolescent se poussant dans ses propres retranchements et aidant l’autre à se (re)trouver.

Pourtant, le scénario tourne à l’incohérence, quand il se termine par une audience caricaturale chez le juge des enfants, une finalisation invraisemblable de la marche de rupture et une destinée miraculeuse du jeune Adam. Il est vrai que tout peut arriver à l’issue de ces séjours, même l’incroyable. Si cette fin pourra apparaître comme une apothéose à certains, elle m’est apparue bâclée et simpliste, gâchant une dynamique qui aurait pu être pédagogique. Elle se finalise sur un registre peut-être  un peu trop à la happy-end américaine. Commencé comme un drame social, le film s’achève plutôt sur une conclusion maladroite, artificielle et superficielle qui peut provoquer le malaise.

Il est possible d’apprécier ce film pour son esthétique, pour la comédie qu’il met en œuvre, pour l’illustration qu’il donne du chemin de Compostelle, pour la spiritualité qu’il induit. Mais permet-il de bien comprendre ce qu’est cette marche de rupture et à travers elle l’abîme de souffrance dans lequel se noient bien des adolescents ? Je m’interroge.

(1) « Compostelle » film réalisé par Yann Samuell, 1h54