Communiqué du collectif des enfants de la protection de l'enfance

Protection de l’enfance : un comité stratégique de plus… pendant que les enfants attendent…

Sur le papier, cela ressemble à une avancée. Dans la réalité, une question demeure : combien de comités faudra-t-il encore avant que les droits des enfants soient réellement mis en œuvre et évalués ?

Le CAEPE (Collectif des Anciens et Actuels Enfants de la Protection de l’Enfance) souhaite rappeler que la crise actuelle n’est pas une crise de réflexion. C’est une crise de mise en œuvre. Connue, documentée, répétée.

La protection de l’enfance est aujourd’hui confrontée à : des pénuries massives de professionnels, des ruptures de parcours, des placements instables, des contrôles insuffisants, des sorties sèches à 18 ans, des situations dramatiques pourtant signalées.
Les rapports s’accumulent. Les alertes aussi. Les annonces se succèdent. Ce qui manque n’est pas le diagnostic. Ce qui manque, c’est la mise en œuvre effective des droits et l’évaluation réelle de leurs effets.

Mettre en lumière quelques trajectoires spectaculaires d’anciens enfants confiés est légitime mais ces exemples ne doivent pas masquer la réalité structurelle. Tous les anciens enfants accueillis ne deviennent pas médecin ou chef de service. Beaucoup quittent le dispositif sans diplôme, sans logement stable, sans accompagnement suffisant et disparaissent des radars.

Or, l’enjeu n’est pas seulement d’assurer une protection minimale. Il s’agit, conformément à l’article 29 de la Convention internationale des droits de l’enfant, de favoriser « l’épanouissement de la personnalité et le développement des dons et aptitudes de l’enfant dans toute la mesure de ses potentialités ».

La protection ne peut se limiter à éviter le pire. Elle doit permettre le développement plein et entier de chaque enfant. Une autre réalité demeure trop souvent absente du débat public :
on parle rarement des parents, de la racine. Ce silence contribue à renforcer l’idée qu’ils ne doivent pas être dans la boucle, sauf exception.

Or, une protection efficace ne peut exclure systématiquement les parents du processus. Lorsque cela est possible et sécurisant, leur place doit être pensée, travaillée et accompagnée. L’enfant ne se construit pas hors de son histoire.

À travers notre observatoire citoyen fondé sur plus de 1200 retours, le CAEPE observe qu’une constante apparaît : la protection fonctionne lorsqu’elle est stable, continue et clairement responsable. Elle échoue lorsqu’elle est fragmentée, insuffisamment coordonnée et trop faiblement évaluée.

Les personnes concernées ne demandent pas un nouveau comité. Elles demandent : de la cohérence,
de la stabilité, des indicateurs publics, une mise en œuvre concrète des droits existants et une évaluation transparente des effets des politiques menées.

Puisque ce comité stratégique existe désormais, il lui appartient : de garantir une participation réelle des personnes concernées, en intégrant les parents/familles, de produire des indicateurs nationaux publics et comparables, de renforcer les contrôles indépendants, de mettre en œuvre les droits déjà inscrits dans la loi, et d’évaluer objectivement les effets des décisions prises.

Le CAEPE souhaite participer aux espaces de dialogue avec exigence et vigilance. Nous ne voulons ni être instrumentalisés, ni servir de caution symbolique à une dynamique d’affichage. Notre engagement vise des résultats concrets et mesurables. La protection de l’enfance ne peut plus être une succession d’annonces. Elle doit devenir une politique publique mesurable.

Créer un comité est un symbole. Mettre en œuvre et évaluer les effets des politiques publiques est un devoir.

Le CAEPE restera vigilant. Et mobilisé.