Au secours, la cité débarque…à l’eau !

Carte blanche à Ludwig

Au secours, la cité débarque…à l’eau !

À la rivière, barbotent tranquillement les familles et touristes étrangers, les Allemands ou les Hollandais. Les canoës passent, les rires fusent, le soleil est déjà haut et brule les chairs. Ce soir, sur les corps meurtris de rouge à vous promettre de bons mélanomes, s’étaleront des litres d’après soleil. En attendant, tout ce beau monde fait flic flac.

Les canoës sont à l’eau, c’est la grande aventure pour de nombreuses familles. Des bouchons sur l’autoroute à ceux des rapides, qu’importe, que le courant les emporte, les cris joviaux ou les « je t’avais dit de prendre à gauche ! p… ! A gauche ! M… ! tu me fais c… ! » Oui, comme sur l’autoroute. C’est fou comme les rapports de domination homme-femme, parents-enfants se reproduisent, même en canoë.

Moi, je regarde passer les bateaux, café à la main, amusé. Ce calme pas si calme, ce joyeux tumulte est bientôt d’un coup troublé, comme l’eau perdant sa netteté devant les coups de pagaies. Voilà qu’une bande de jeunes, pas si blondinais pour le coup, fait son apparition au loin. Ça, on les entend venir et en tant qu’ancien éduc, je pressens le mélange des genres… De loin, leurs rires éclatent, ils hurlent, s’échouent en raclant les rochers. C’est le gros bordel, l’embouteillage. Les canoës sont dans tous les sens, les pagaies dérivent plus loin, les corps se jettent à l’eau et résonnent les « wesh ta mère ! » devant les regards quelques peu inquiets, tout du moins interloqués, si ce n’est méfiants ou jugeants, de nos bonnes petites familles bien rangées, bien intégrées, bien françaises. Ou bien allemands ou hollandais, on s’en fiche, vous avez le décor !

« C’est comme au ski l’hiver », entend-on. « Ce sont les mêmes qui foutent le bordel sur les pistes avec leurs skis dans tous les sens et leurs enceintes, ils font n’importe quoi ! » Moi, j’ai juste envie de leur parler de mixité, que la rivière est à tout le monde, qu’ils ont le droit d’échapper pour quelques heures à la suffocation de leur béton, blablabla, mais en fait, non, j’ai l’impression que ce serait peine perdue. Surtout, que je ne parle pas allemand !

Bon allez, j’y vais tout de même de mon laïus !

Il faut le rappeler : les loisirs, dont les vacances, restent inaccessibles pour une partie de la population du fait premier des ressources financières. Environ 40% de la population ne part pas en vacances. Partir à la mer ou à la montagne reste un élément fort de différenciation sociale. Et souvent, les parents privilégient leurs enfants. Parce que les vacances, c'est aussi un élément de statut social. Renoncer à faire partir les enfants, c'est se dire qu'on n'arrive pas forcément à offrir à nos bambins ce qu'on souhaite. C’est difficile. Il y a donc des familles qui font le choix de ne pas partir, mais qui font partir leurs enfants. Mais quand juillet et août riment avec soleil et grand air, près de cinq millions d'enfants en restent privés. Un enfant sur trois.

Chaque année, la CAF finance plus de 102 637 séjours familles en 2026, plus de 22 000 séjours en colonies de vacances ou en classes de découvertes avec l’objectif de permettre à tous les enfants de partir en séjours collectifs et de favoriser, aussi, pour les plus modestes et précaires de nos enfants, de se reposer, de bien manger, de vivre dans un environnement sain. Le Secours populaire de son côté, permet depuis 1979 à des milliers d’enfants qui n’ont pas eu la chance de partir en vacances, de bénéficier d’une journée à la mer, à la montagne, au parc. Vrai temps de vacances, de rencontres et d’émotions. Autant de souvenirs à raconter le jour de la rentrée !

J’entends de loin le discours sur l’assistanat… Alors, je me délecte juste de cette apparition venant ternir une belle carte postale de vacances. Il ne faudrait tout de même pas trop se mélanger.

Dérangez-nous les jeunes ! Mais bon, passez vite tout de même votre rapide, j’ai une sieste à finir, oklm !