Une fausse bonne idée

Martin Hirsch vient de lancer une idée « révolutionnaire » : récompenser les lycéens pour leur assiduité en cours, par l’attribution en fin d’année, d’une cagnotte collective ! Trois lycées professionnels de l'académie de Créteil se sont, dès à présent, lancés dans cette expérimentation. Cette initiative est choquante, hypocrite et illusoire. Choquante, d’abord, car elle inscrit l’acquisition du savoir dans une logique d’intéressement financier. A l’image de certaines entreprises, affichera-t-on bientôt, sur un tableau d’honneur, à l’entrée de chaque établissement, le lycéen du mois (celui qui aura le moins séché ses cours) ? Elle est hypocrite, ensuite, car elle fait reposer sur les jeunes ce qui relève de la responsabilité des adultes. Si un élève manque un cours, c’est au système éducatif de s’interroger et de se remettre en cause, pas aux copains de jouer aux flics. Enfin, elle est illusoire. Deux types de motivations poussent les individus à agir. Les raisons intrinsèques (l’envie, le plaisir, le sens du devoir) et extrinsèques (la contrainte ou … les encouragements financiers). L’économiste Bruno Frey a démontré l’existence d’« incitations désincitatives », telle que l’introduction de facteurs monétaires dans les relations non-marchandes. Plus on dédommage un acte gratuit, moins on encourage à sa réalisation bénévole. Après l’indemnisation de l’assiduité, faudra-t-il une cagnotte pour le travail scolaire fait à la maison ou la réussite aux examens ?

 

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°945 ■ 15/10/2009

 

A chacun de vos passages sur la page d'accueil, un choix aléatoire de textes archivés s’affiche :
Du nomadisme à la resocialisation
 Utiliser l’itinérance pour stabiliser des jeunes désocialisés : un paradoxe mis en oeuvre par un lieu de vie finistérien et qui marche ! Ribinad signifie en breton « passage étroit », « brèche » ou « bout de chemin ». L’association portant ce nom anime une structure d’accueil non traditionnelle qui accompagne un moment de la vie de jeunes de 14 à 21 ans, en grande difficulté sociale ou ...
Mineurs étrangers
Faut-il rejeter les mineurs étrangers isolés à la mer ? Au moment  où les députés débattent d’une nouvelle loi sur l’immigration, des jeunes étrangers isolés s’interrogent sur leur avenir. Accueillis et formés aux frais de l’Etat, ils sont menacés d’expulsion par ce même Etat, sitôt leur 18 ans atteints. Voyage en absurdité.  Eté 2001. La Préfecture des Hauts de Seine décide de fermer un squat...
Grandeur et décadence
Rendons hommage au conseil départemental du Gard qui fut le premier à déployer, tout au long des années 1980, une expérimentation des plus innovantes. Il s’agissait de proposer une solution alternative à la fois à l’action éducative en milieu ouvert (AEMO) qui pouvait s’avérer ne pas être assez protectrice et au placement qui réduisait notablement la mise à l’épreuve des compétences parentales. Le juge ...
Innovation audacieuse : la médiation parent enfant
Le secteur socio-éducatif et médico-social regorge d’expérimentations qui préfigurent le paysage de demain. Illustration avec la médiation parents-enfant lancée par Enfance et famille, une association de Saint Nazaire. Maxime a 16 ans. Il est en conflit avec un père peut-être un peu trop exigeant, pour ne pas dire rigide. Sa mère est la seule à pouvoir encore dialoguer avec lui. Elle est le ...
Chasse aux sorcières en Loire Atlantique
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Lien Social avait posé la question, lors de ses journées d’étude de 1999 : « les travailleurs sociaux doivent-ils être des militants ? ».Parmi les 365 participants, 80 % d’alors avaient répondu « oui ». Autre temps, autre mœurs. Christel Husson n’a jamais caché son engagement militant, qui avait d’ailleurs été considéré par la commission de recrutement comme un atout. Et, de fait, elle fut ...
L’ADEPAPE sur le terrain
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Qu’elles fêtent leur jubilé ou leurs premières années d’existence, les ADEPAPE déploient un précieux savoir-faire. Reportages dans l’est et le sud de la France La création de l’ADEPAPE de Meurthe et Moselle, qui adopta le nom symbolique de Tremplin, remonte à 1946. Mais, elle ne prend vraiment son élan à partir de 1973. L’objectif central qui traverse ses bientôt cinquante années d’existence est le ...
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Mes livres

En mars 2023, j’ai publié aux éditions érès « Fragments de vie d’un référent ASE ». J’y décrivais, à travers 157 vignettes, le quotidien d’un professionnel de cette administration en charge dans notre pays de la protection de l’enfance 




En septembre 2024, j’ai publié aux éditions EHESP « 100 idées reçues sur l’Aide sociale à l’enfance ». Je tentais de répondre à des idées reçues, des préjugés et des contre-vérités ambiantes portant sur cette administration



En décembre 2025, je publie chez Chronique sociale « 50 nuances d’enfants en danger ». Je me lance dans de pures fictions, inspirées par ma pratique professionnelle, dans lesquelles je décris des idéal-types des situations les plus fréquentes rencontrées en protection de l’enfance. Je mets en scène un(e) mineur(e) ou jeune accompagné(e) est son accompagnateur ou accompagnatrice, chacun(e) décrivant de sa place la situation vécue. Il s’agit bien de propos imaginés, ils sont réalistes avec des personnages inventés mais crédibles.


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« Bienvenue sur le site de Jacques Trémintin, travailleur social qui n’a cessé d’écrire. Référent à l’aide sociale à l’enfance de 1992 à 2020, partie prenante de Lien Social de 1995 à 2023, contributeur au Journal du droit des jeunes de 1995 à 2017, pigiste dans le Journal de l’animation depuis 1999… l’accompagnement des enfants et familles, le maniement de la plume ou du clavier, l’animation de colloques ou de formations répondent au même plaisir de transmettre. Ce que fait aussi ce site, dont le contenu est à libre disposition à une seule condition : savoir garder son esprit critique et ne rien considérer d'emblée comme vrai ! »

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