Pontzeele Sophie - MDPH

La MDPH est un pivot, non un fournisseur de solutions

Entretien avec Sophie Pontzeele, responsable harmonisation des pratiques à la Maison Départementale des Personnes Handicapées du département du Nord (59)

La gestion des situations complexes implique que le secteur médico-social et la protection de l’enfance s’engage dans une dynamique partenariale.
 
Quelle relation la MDPH a-t-elle avec la protection de l’enfance ?
Jusqu’à il y a peu, chacun restait enfermé dans son domaine et sa logique, concentré sur sa charge de travail. Ce qui nous manquait, c’était une reconnaissance mutuelle de nos fonctions réciproques, de nos missions et de l’action menée au quotidien. Pour ce qui nous concerne, nous sommes la MDPH la plus importante de France. En 2012, nous traitions 150.000 demandes par an. Nous en sommes en 2017 à 220.000 (soit 500 dossiers par jour). Ce qui représente plus de 1.300 demandes traitées par équivalent temps plein, contre 700 au niveau national. Depuis trois ans, nous avons totalement revu notre organisation. Nous avons numérisé nos dossiers, nous nous sommes dotés d’un outil informatique nous permettant de les gérer avec bien plus d’efficacité, nous avons instauré des référents dossiers qui les suivent de A à Z, nous nous sommes répartis en cinq secteurs géographiques pour être au plus proches des territoires et nous avons créé une équipe de huit chargés de mission qui a pour mission de favoriser la transversalité et d’harmoniser les pratiques. Du côté de la protection de l’enfance, l’ASE est dans une situation d’urgence permanente. Son souci principal est parfois de trouver un toit pour un enfant le soir même. Difficile, dans ces conditions, de toujours travailler sur le long terme. À la fin de l’année 2015, elle nous a adressé une liste de 155 jeunes qui lui étaient confiés, pour savoir combien étaient reconnus en situation de handicap. Ils ne possédaient que huit avis d’orientation. Nous en avons identifié 61, 12 autres dossiers ayant été classés sans suite, parce qu’incomplets, les pièces justificatives demandées n’ayant jamais été fournies.
 
Comment gérez-vous les situations complexes ?
Nous sommes contactés chaque jour pour ce type de situation. Cela se passe par mail, car notre plateforme téléphonique est souvent saturée. La première chose que nous faisons, c’est de qualifier la situation de complexe ou non. Nous constatons régulièrement que les problèmes sont souvent générés par les institutions elles-mêmes. Cela peut être du à l’inertie face à une difficulté qui pourrait être résolue en faisant appel à un partenaire, au blocage budgétaire parce que le Conseil départemental et l’Agence régionale de santé se renvoient mutuellement la responsabilité du financement de telle ou telle action ou encore à la rigidité dans l’appréciation des limites d’âge. Mais, cela peut aussi être une action totalement isolé, comme cet établissement médico-social demandant une fin de prise en charge parce que l’adolescente âgée de 15 ans n’adhérait pas au projet de service. Quand nous avons été informés, nous nous sommes rendus compte que cela faisait 6 mois qu’elle avait été exclue. L’établissement n’avait pas cherché la moindre solution de relais, ni contacté le service d’AEMO en charge de la jeune, pas plus qu’il n’avait demandé l’intervention de l’équipe mobile qui se déplace auprès des équipes pour les soutenir et rechercher avec elles des solutions. Cet exemple est représentatif non de la majorité des fonctionnement des équipes, mais de ce qui existe encore et qu’il faut prévenir. Quand nous avons donc pu objectiver la complexité de la situation, en identifiant suffisamment de tenants et aboutissants de la problématique, nous réunissons les partenaires concernés ou ceux qui seraient susceptibles de l’être au sein de groupes opérationnels de synthèse avec pour objectif d’imaginer des pistes concrètes pour progresser dans la résolution du problème. Mais tout cela ne peut se faire que parce que nous sommes en lien permanent avec les directions territoriales du Département et de la chargée de projet de l'ARS « réponse accompagnée pour tous » (RAPT).
 
Cette démarche RAPT ne constitue-t-elle pas la solution ?
Oui, à condition que cette « RAPT » soit bien comprise et bien appliquée. Il faut insister sur ce qu’elle n’est pas tout autant que sur ce qu’elle est effectivement. Elle ne constitue pas en tant que telle un dispositif de plus. Nous ne disposons pas de moyens supplémentaires pour la mettre en oeuvre. L’ARS a financé provisoirement un poste pour gérer les situations complexes, alors que nous en sommes à cinq équivalents temps plein pour les accompagner. Ce dont il s’agit c’est bien d’une démarche, d’une invitation, d’une incitation, d’un état d’esprit consistant avant tout à engager tous les partenaires présents sur un territoire donné à se mobiliser pour trouver une réponse commune. On ne peut se contenter de téléphoner à la MDPH, pour lui demander une solution. Notre rôle consiste surtout à faciliter les mises en relation entre les acteurs de terrain et à favoriser leurs contacts, afin que les professionnels se parlent entre eux et élaborent des réponses collectives.
 
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Jacques TrémintinLIEN SOCIAL ■ n°1217 ■ 16/11/2017