Hommage à la prév’

Le hasard de mes lectures me fait parfois découvrir de belles pages. Celles qui font l’objet de ce billet ont été écrites par l’un des trois auteurs d’un reportage chroniqué par ailleurs : « Une nuit en France » par  Jean-Michel Decugis, Pauline Guéna et Marc Leplongeon (Éd. Grasset-2025).

Le chapitre intitulé « Le quartier » décrit, avec une grande justesse, la vie d’une population particulièrement défavorisée. A la page 50, apparaît Philippe, éducateur de rue en prév’. Son portrait rend hommage à toute une profession qui agit trop souvent dans l’anonymat.

Elle est menacée par le choix de la dérive sécuritaire d’une société qui se tire une balle dans le pied. Certes, si les travailleurs sociaux n’ont pas vocation à éviter les émeutes, leur action au quotidien en assèche potentiellement les sources. Les remplacer par des forces de répression, c’est jeter de l’huile sur le feu.

Merci aux auteurs de rendre un si bel hommage à Philippe et à Philippe d’être l’honneur de notre profession.

« La prévention spécialisée est un travail de très longue haleine. Un jour, alors que les pompiers intervenaient, Philippe discutant à leurs côtés, un petit est venu le tirer par la manche : « Philippe, Philippe, il y a M. qui voudrait que tu te décales ». Des ados, cachés un peu plus loin, voulaient caillasser les pompiers, mais hésitaient, de peur de le toucher lui. « Tu vas dire à M. que s’il lance une pierre, c’est moi qui vais aller le décaler. » Message passé. Pendant les violences urbaines qui ont éclaté sporadiquement, durant les confinements et couvre-feux dus au Covid, Philippe a un jour attrapé le bras d’un gamin, l’empêchant de jeter une pierre sur une voiture. Il est un message entre deux mondes (…). Il connait les gamins de la cité, il les écoute, les comprend. Il ne cherche pas à leur plaire mais il les laisse venir. Quand ils ont besoin d’une aide pour un CV, une recherche de stage ou d’apprentissage, il est là. Quand ils ont besoin de changer d’air, de dire ce qu’ils ont sur le cœur, il est là. Son autorité est absolue. Mais ils savent qu’il ne les trahira jamais. Quand la police municipale demande l’identité d’un caillasseur, il ne dit rien » (p.55)