Comment réagir face à l’insupportable?

Le 30 avril 2025, un éducateur de 24 ans, travaillant en foyer dépendant de l’Aide sociale à l’enfance, a été condamné par le tribunal judiciaire  de Versailles à 1 an de prison avec sursis pour agression sexuelle sur une jeune-fille de 15 ans.

 Le 10 juin 2025, le tribunal correctionnel du Mans a condamné à 18 mois, dont 6 ferme, un Manceau de 32 ans pour l’agression sexuelle d’une jeune-fille de 15 ans, placée dans le foyer où il était éducateur.

Le 22 janvier 2026, un ancien éducateur de 55 ans a été condamné à huit ans d’emprisonnement, par la cour criminelle de l’Isère, pour des viols et agressions sexuelles aggravés sur une adolescente placée dans un foyer.

Le 28 janvier 2026, un éducateur de la PJJ a été condamné par la Cour criminelle de La Réunion à 18 ans de réclusion criminelle, après avoir agressé sexuellement entre 2013 à 2022, des adolescents dont il avait la charge.

Ces informations glanées sur les sites internet de plusieurs journaux ne sont pas sans inquiéter la profession. Serait-ce une épidémie ? Certains de nos collègues seraient-ils pris subitement d’une frénésie agressive ? Assistons-nous à un délitement de notre éthique ?

Ou s’agit-il plutôt là d’une libération de la parole, les passages à l’acte criminels étant enfin révélés, jugés et punis à hauteur de ce qu’ils sont : des attentats insupportables à l’intégrité d’enfants qui au lieu d’être protégés, sont agressés par ceux qui devraient les protéger.

Première réaction possible : relativiser. Sur les 116 000 professionnels en activité, ceux qui ont sali l’honneur de notre profession représentent une infinitésimale proportion. Le risque ici est de minimiser le danger au point qu’on finisse par ne plus le voir !

Seconde réaction possible, dramatiser. Comme toutes les professions en relation avec les enfants, ce métier attire potentiellement les adultes aux dérives pédophiles. Le risque là est de commencer à en voir partout des agressions et tout le temps.

Peut-être est-il sage de se positionner dans la nuance.

Le corps de l’enfant est inaccessible aux éducateurs. Mais nous pouvons et devons néanmoins le toucher pour le soigner ou pour le sécuriser, le rassurer ou le consoler.

L’enfant a besoin de notre amour, mais pas qu’on lui fasse l’amour. S’il recherche notre affection, il doit trouver la bienveillance, l’altruisme et l’empathie, pas une ambivalence coupable.

L’enfant a un droit inaliénable à nous provoquer, s’exhiber ou tenter de nous séduire. Jamais, en aucun cas et en aucune circonstance, cela peut justifier un début de commencement de réponse en miroir de notre part.

L’enfant est animé d’une libido. Mais sa sexualité est infantile et n’a de près ou de loin rien à voir avec celle des adultes.

En un mot comme en cent, chacun doit rester à sa place. L’enfant qui doit pouvoir recevoir câlin, caresses et chatouilles s’il les demande. L’adulte doit s’en tenir à un contact physique respectant l’intimité et la pudeur de l’enfant.

Il y a des comportements que l’on doit se permettre et d’autres que l’on ne peut s’autoriser.

Oui, il faut continuer à soigner le genou écorché d’un petit. Oui, il faut continuer à prendre dans ses bras un enfant  qui a un gros chagrin. Oui, il faut continuer à contenir le corps d’un enfant en pleine crise de nerf qui menace de s’auto agresser ou s’attaquer aux autres.

Mais non, on ne rentre pas dans une chambre sans avoir frappé à la porte pour s’annoncer, d’autant plus si c’est l’heure du déshabillage ou de l’habillage. Non, on ne rentre pas dans une douche qu’en cas de doute sur un malaise de celui ou celle qui s’y trouve nécessitant  une intervention rapide. Non, on ne remplace pas un personnel médical pour diagnostiquer un problème de santé, on s’adresse à lui.

Certes, le consentement de l’enfant est une condition première. Mais il doit aussi être articulé à ses besoins supérieurs de sécurité, de protection et d’attention à son égard.