Les monstres n’existent pas

MILLOT Ondine, Éd. Stock, 2018, 322 p.

Entretenir son jardin relève d’un loisir plaisant. Sauf, peut-être, quand un coup de pioche déterre une bien macabre découverte : un sac poubelle d’où s’échappe une odeur pestilentielle, celle provenant de nourrissons en décomposition. Les nouveaux propriétaires rapidement mis hors de cause, l’enquête mène jusqu’à Dominique Cottrez. Cette aide-soignante, donnant jusque-là toute satisfaction à ses employeurs et particulièrement prévenante envers les personnes âgées qu’elle accompagne, reconnaît rapidement avoir caché à sa famille être enceinte, puis avoir accouché et étouffé ses nouveau-nés. A l’horreur de ces crimes, s’ajoute le mystère des conditions dans lesquelles ils ont été commis. Par quels mécanismes psychologiques cette femme a-t-elle pu enchaîner pendant onze années des grossesses en continu, suivies d’infanticides, tout en poursuivant une vie familiale et professionnelle sereines, comme si de rien n’était ? Comment expliquer que son entourage n’ait rien vu, ni rien soupçonné ? Bien sûr, il serait facile d’enfermer cette mère dans la catégorie des monstres et ses proches dans celle de complices. Ce serait rassurant, mais éviterait surtout d’avoir à penser. Ce n’est pas la voie empruntée par Ondine Millot. Son récit n’apporte aucune réponse, autre qu’une contextualisation permettant de nous faire pénétrer dans l’énigme de ce silence, de cette détresse, de ce mal d’abord subis puis retransmis.

 

Jacques TrémintinLIEN SOCIAL ■ n°1267 ■ 18/02/2020