Le temps qui passe

En ce 1er janvier 2024, le calendrier change d’année. Le compte à rebours avant minuit du 31 décembre et les klaxons après les premières secondes du Nouvel An sont rentrés dans la tradition.

Au point de penser qu’il en a toujours été ainsi. Il suffit de consulter la page Wikipedia (1) pour constater combien la date scandant le passage d’une année sur l’autre « a beaucoup changé au fil des siècles pour les peuples usant du calendrier solaire, et ce, au gré des Églises, des époques et des pays. » C’est, en fait, avec l’édit de Roussillon promulgué le 9 août 1564, que le Roi Charles 9 stabilise ce basculement au 1er janvier.

L’occasion de s’interroger sur la relativité du temps qui passe en général et celui du travail social en particulier. Le temps de l’institution ou des professionnels n’est pas forcément celui des usagers. On retiendra, à cet effet, l’intérêt du distinguo que font ses auteurs dans un livre récent (2) entre deux concepts utilisés dans l’antiquité grecque.

Le terme « chronos » désigne un temps linéaire objectivable et mesurable, celui du calendrier. Le « kairos » privilégie quant à lui l’opportunité à saisir, le moment adéquat, l’occasion propice permettant d’ajuster l’accompagnement.

D’un côté, donc, chronos avec ses échéances (synthèses, bilans, dates anniversaires de la signature du projet individualisé, renouvellement de prise en charge ou fin du délai d’accueil, du  contrat, de l’engagement réciproque …), mais aussi le déroulement d’une mesure (structurée autour d’objectifs dont on cherche à mesurer les résultats concrets).

De l’autre côté, le kairos mettant en relation le travailleur social et la personne qu’il accompagne, tissant un lien propice à des avancées dont on ne peut toutefois fixer à l’avance le délai de concrétisation. Des actions sont menées, sans que l’on puisse en connaître le terme. Ce n’est pas forcément quand ils ont été programmés que les effets escomptés surviendront. Le changement est aléatoire et imprévisible. Il peut s’avérer rapide ou très lent, progressif ou subit, étalé ou ponctuel. Il peut arriver que ce qui semblait acquis se délite brusquement et ce qui semblait stagner s’avère en fait avoir progressé à bas bruit bien plus qu’on ne pouvait s’y attendre. Cette énigme fait partie intégrante de l’équation de l’accompagnement.

Tenter d’en mesurer l’efficience est problématique pour tout professionnel qui ne se contente pas du requis et du formel mais s’ouvre sur le réel et ses inévitables revirements. Assurer la continuité d’une action n’est une dimension ni comptable, ni comptabilisable au regard des exigences des financeurs attendant un retour sur investissement.

Cet écart entre ces deux temporalisations est parfois difficile à argumenter par les praticiens et tout autant malaisé à comprendre pour quiconque n’est pas familier du terrain. Il est essentiel néanmoins de le revendiquer et de l’appliquer. Ce, quelle que soit date à laquelle l’on fixe des échéances ! Finalement, cet instant qui est censé faire basculer un accompagnement est aussi artificiel que le passage d’une année à une autre. Si on ne peut y échapper, ce n’est là qu’une convention.

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jour_de_l%27an

(2) https://tremintin.com/joomla/livres/action-sociale-et-educative/travail-social/4581-le-travail-social-en-mouvement-de-la-crise-a-l-innovation
A chacun de vos passages sur la page d'accueil, un choix aléatoire de textes archivés s’affiche :
Aide aux mineurs Joël Weiss - Paris (75)
Rencontre avec un retraité peu ordinaire La prostitution des adolescents ? C’est un sujet tabou que personne ne veut vraiment vouloir aborder. Policiers, juges, éducateurs semblent impuissants à l’enrayer. Joël Weiss s’est lancé dans cette quête où il semble bien seul aujourd’hui. Récit d’une rencontre. Voilà un homme qui sort du commun. Sans aucune formation, ni reconnaissance officielle, il...
Mission Emploi & Handicap - 44
Regarder le salarié handicapé du côté de ses compétences et non de ses déficiences On le sait, l’emploi des personnes handicapées, tant dans le privé que dans le public est loin d’avoir atteint les objectifs fixés. Certains partenaires se sont mobilisés ces dernières années pour tenter d’y remédier. Efforts de fourmi certes, mais qui ont au moins le mérite d’exister. L’Union européenne compte 37 ...
Depenne Dominique - Déontologie et éthique
dans Interviews
Dominique Depenne, titulaire d’un doctorat en sociologie politique, est devenu formateur au campus des métiers du social Buc-Ressources, après avoir exercé comme éducateur spécialisé et chef de service éducatif. Auteur de plusieurs ouvrages dont « Éthique et accompagnement en travail social », il revendique ici la force du questionnement éthique face au carcan de la morale et de la déontologie....
Quand « Permis de construire » rencontre « Tous en mer »
Tout est parti d’une rencontre entre Ludovic Dardenne, le Directeur de l’association nantaise Permis de construire qui accompagne la réinsertion des personnes sous main de justice, et Romain Godard, le skipper de Tous en mer association à la fois nantaise et itinérante qui s’attache à faire découvrir la navigation aux enfants, aux ados et aux familles des quartiers prioritaires. Il n’a pas fallu beaucoup de ...
Le Breton David - L'accélération du temps
dans Interviews
Reprendre le contrôle de nos temporalités Parmi les éléments qui jouent un rôle central dans l’accélération du rythme de nos existences, David Le Breton, professeur de sociologie à l’université de Strasbourg, évoque ces nouveaux outils de communication que nous utilisons toutes et tous. Face à l’invasion d’internet et du téléphone portable, il fait l’éloge de la lenteur, promouvant le ...
Retour vers le futur
La profession d’éducateur spécialisé est en pleine tempête. Les séjours de rupture semblent être dans l’œil du cyclone, renouant avec un passé que l’on peut revendiquer comme une alternative à une technologisation galopante.  Le creuset de la profession d’éducateur spécialisé fut longtemps centré sur le vivre avec. Il s’agissait pour l’intervenant d’accompagner l’enfant dans le quotidien de son...


Mes livres


En décembre 2025, je publie chez Chronique sociale « 50 nuances d’enfants en danger ». Je me lance dans de pures fictions, inspirées par ma pratique professionnelle, dans lesquelles je décris des idéal-types des situations les plus fréquentes rencontrées en protection de l’enfance. Je mets en scène un(e) mineur(e) ou jeune accompagné(e) est son accompagnateur ou accompagnatrice, chacun(e) décrivant de sa place la situation vécue. Il s’agit bien de propos imaginés, ils sont réalistes avec des personnages inventés mais crédibles.


SE PROCURER LE LIVRE




En septembre 2024, j’ai publié aux éditions EHESP « 100 idées reçues sur l’Aide sociale à l’enfance ». Je tentais de répondre à des idées reçues, des préjugés et des contre-vérités ambiantes portant sur cette administration


En mars 2023, j’ai publié aux éditions érès « Fragments de vie d’un référent ASE ». J’y décrivais, à travers 157 vignettes, le quotidien d’un professionnel de cette administration en charge dans notre pays de la protection de l’enfance 

« Bienvenue sur le site de Jacques Trémintin, travailleur social qui n’a cessé d’écrire. Référent à l’aide sociale à l’enfance de 1992 à 2020, partie prenante de Lien Social de 1995 à 2023, contributeur au Journal du droit des jeunes de 1995 à 2017, pigiste dans le Journal de l’animation depuis 1999… l’accompagnement des enfants et familles, le maniement de la plume ou du clavier, l’animation de colloques ou de formations répondent au même plaisir de transmettre. Ce que fait aussi ce site, dont le contenu est à libre disposition à une seule condition : savoir garder son esprit critique et ne rien considérer d'emblée comme vrai ! »

Retrouvez les sites

du Journal de l’animation : www.jdanimation.fr
et de mon collègue et ami Didier Dubasque : www.dubasque.org