Mon cœur saigne

C’est une histoire que les moins de soixante ans ne peuvent connaitre : « Lip, c'est fini ! », déclarait le 15 octobre 1973 Pierre Messmer, alors Premier ministre. Cette entreprise en liquidation judiciaire sera finalement sauvée par ses salariés.

« Lien Social, c’est fini », proclama le 22 novembre 2023 le Tribunal de commerce de Toulouse. Ses salariés décidèrent alors de persévérer dans le combat, engagé depuis des mois déjà, pour tenter de sauver le journal.

Avec courage et détermination, la revue continua à être publiée, même si elle ne put l'être qu’en version numérique : le 7 décembre, le 2, puis le 16 janvier. Magnifique pied de nez au naufrage entamé ! Les journalistes, les chroniqueurs, les pigistes et tous les autres salariés ont persisté et signé. La qualité de la rédaction de ces trois numéros n’a pas faibli. Le site ne cessa d’être alimenté : l’actualité continua à y est décryptée, les tribunes s’y multiplièrent, les chroniques s’y succédèrent. Déni ou aveuglement ? Non, une persévérance qui ne peut qu'inspirer un profond respect ! Acharnement thérapeutique ? Non, des soins palliatifs accompagnant la fin de vie ! Quand tout aurait pu partir à vau-l’eau, l’équipe resta soudée, bien décidée à accompagner le bateau qui coulait … jusqu’aux derniers instants. La déperdition était financière, pas éthique ni éditoriale !

Un appel à un repreneur fut bien lancé. Mais qui aurait été capable de relayer une telle ligne indépendante, insolente et rebelle, sans la pervertir ? Allait-il être surtout tenté par le précieux carnet d’abonnés ? Aurait-il voulu garder le prestigieux intitulé pour y passer un contenu frelaté et docile ? C’était bien cher payé ! Finalement, cet illustre organe de presse est peut-être apparu par trop insignifiant, au regard du paysage médiatique foisonnant certes, mais combien chancelant. La presse du social se rétrécit d’année en année, comme peau de chagrin.

Une cagnotte Ulule a aussi été proposée le 15 décembre. Les 37 contributeurs ayant contribué dans la dernière quinzaine de l’année mirent en perspective la solitude et l’abandon face auxquelles Lien Social se retrouvait. Les 110 contributeurs qui se précipitèrent, par dizaine quotidiennement, dans les dix premiers jours de 2024 redonnèrent de l’espoir. Mais au final, quand l’opération se clôtura, 157 soutiens au regard des 43 800 abonnés à sa page Facebook : quelle désillusion ! Et ce n’est pas les plus de 2 000 euros récoltés qui auront permis de compenser les plus 170 000 euros de dettes identifiés au 22 novembre, déficit abyssal qui n’a fait que se creuser depuis.

Le point final a été posé le 25 janvier 2024. Le même Tribunal de commerce a acté la liquidation de la SARL lien Social avec effet immédiat. Le jugement devrait être rendu public ce 29 janvier.

On peine à imaginer les affres vécues par l’équipe et tous ses proches pendant ces deux mois d’un sursis sans doute utopique et illusoire, mais nécessaire pour ne pas s’avouer vaincu, avant de s'être battu jusqu'à la dernière minute. Il faut lui rendre hommage pour avoir su cultiver jusqu’au bout l'art et la manière de mourir avec vaillance et dignité, après une longue agonie ... et une vie bien remplie. Le numéro 1 fut publié le 13 octobre 1988, (après un numéro zéro, ballon d’essai édité le 22 août précédent). L’ultime opus aura été mis en ligne le 16 janvier 2024 : 1353 numéros auront ainsi accompagné des générations de travailleurs sociaux en formation ou en poste durant 12 891 jours. Aujourd’hui, notre quotidien ne sera plus jamais le même. Nous sommes beaucoup à nous sentir orphelins !

A chacun de vos passages sur la page d'accueil, un choix aléatoire de textes archivés s’affiche :
Des convictions face aux pièces à charge
Comment réagit un praticien de la protection de l’enfance, spectateur de la soirée de France 3 sur l’ASE, le 16 janvier 2018 ? On ne peut passer à côtés de grossières erreurs. Comme affirmer que les familles d’accueil ne bénéficieraient d’aucune formation, alors que le Diplôme d’état d’assistant familial est devenu obligatoire …depuis 2006 ? Comme déplorer que l’on refuserait aux enfants placés ...
L’éducation à la sexualité des enfants déficients
Comment assurer l’éducation sexuelle des enfants porteurs de handicap ? Déjà que pour les enfants valides, ce n’est pas évident. La déficience ne rajoute-t-elle pas des difficultés encore plus grandes ? Reportage sur des pratiques professionnelles innovantes.  L’affectivité et les relations sexuelles des populations atteintes de handicap se heurtent encore trop souvent à des représentations...
Rendre le droit aux justiciables - CDAD 44
Depuis la loi du 18 décembre 1998 relative à l’accès au droit et à la résolution amiable des conflits, chaque département doit disposer d’un Conseil départemental de l’accès au droit (CDAD). Certains n’existent encore que sur le papier, quand d’autres ont pris une place centrale dans un large dispositif associant étroitement professionnels du droit, auxiliaires de justice, collectivités locales et...
Pouvoir d’agir ou activation de l’usager?
Des approches sociales récentes peuvent s’avérer fertiles, si l’on sait les débarrasser de leurs scories. Les méthodologies s’empilent, les concepts s’accumulent et les approches d’intervention se voulant innovantes se multiplient depuis quelques années incitant à rendre l’usager acteur de son changement, à lui redonner le pouvoir sur son devenir et à décentrer les intervenants d’une maîtrise jugé ...
Aniane, base de plein-air
Aniane : du bagne d’enfants à la base de plein-air Aniane : les férus d’histoire de l’enfance en difficulté connaissent de nom, ce gros bourg de l’Hérault célèbre pour son bagne d’enfants. Des générations de détenus se sont succédés pendant près de 150 ans dans ce lieu chargé d’émotion.A l’origine, il y a une Abbaye de 10 hectares créée au VII ème siècle par Saint Benoît. Ce qui va devenir la...
SDAPP - Arras (62)
Accompagner les accompagnateurs On ne peut passer tout son temps à accueillir toute la misère du monde, en restant indifférent et imperturbable. Pourtant, il est bien rare que les travailleurs sociaux puissent parler librement de leurs angoisses et leur stress. C’est ce que propose le service départemental d’accompagnement professionnel personnalisé. SDAPP, mode d’emploi. Le Pas de Calais : un...


Mes livres

En mars 2023, j’ai publié aux éditions érès « Fragments de vie d’un référent ASE ». J’y décrivais, à travers 157 vignettes, le quotidien d’un professionnel de cette administration en charge dans notre pays de la protection de l’enfance 




En septembre 2024, j’ai publié aux éditions EHESP « 100 idées reçues sur l’Aide sociale à l’enfance ». Je tentais de répondre à des idées reçues, des préjugés et des contre-vérités ambiantes portant sur cette administration



En décembre 2025, je publie chez Chronique sociale « 50 nuances d’enfants en danger ». Je me lance dans de pures fictions, inspirées par ma pratique professionnelle, dans lesquelles je décris des idéal-types des situations les plus fréquentes rencontrées en protection de l’enfance. Je mets en scène un(e) mineur(e) ou jeune accompagné(e) est son accompagnateur ou accompagnatrice, chacun(e) décrivant de sa place la situation vécue. Il s’agit bien de propos imaginés, ils sont réalistes avec des personnages inventés mais crédibles.


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« Bienvenue sur le site de Jacques Trémintin, travailleur social qui n’a cessé d’écrire. Référent à l’aide sociale à l’enfance de 1992 à 2020, partie prenante de Lien Social de 1995 à 2023, contributeur au Journal du droit des jeunes de 1995 à 2017, pigiste dans le Journal de l’animation depuis 1999… l’accompagnement des enfants et familles, le maniement de la plume ou du clavier, l’animation de colloques ou de formations répondent au même plaisir de transmettre. Ce que fait aussi ce site, dont le contenu est à libre disposition à une seule condition : savoir garder son esprit critique et ne rien considérer d'emblée comme vrai ! »

Retrouvez les sites

du Journal de l’animation : www.jdanimation.fr
et de mon collègue et ami Didier Dubasque : www.dubasque.org